Le parrainage de lecture est une tradition que j’affectionne particulièrement à l’Institut de l’Annonciation (www.annonciation.be). D’ordinaire, mes élèves de cinquième et sixième primaire choisissent un album en bibliothèque pour le lire à leurs filleuls de première et deuxième. Cette année, j’ai simplement eu envie d’essayer d’aller un peu plus loin : et si, au lieu de lire une histoire existante, mes élèves prenaient la plume pour devenir eux-mêmes les auteurs ?

J’ai donc tenté de transformer ce moment de partage en un petit défi de création. Le résultat, ce sont ces albums sonores et interactifs désormais publiés sur le Journal par les enfants (Le JPE). Si vous êtes curieux de voir ce que des élèves peuvent produire avec un peu d’accompagnement, vous pouvez découvrir leurs réalisations ici : Des albums pas comme les autres : quand les grands deviennent auteurs.

Pour ceux qui souhaiteraient adapter cette activité dans leur propre classe, je partage ici les documents que j’ai conçus pour accompagner mes élèves. Vous y trouverez ma fiche de préparation de leçon, le plan de construction de l’histoire ainsi que les consignes de rédaction que nous avons suivies :

Voici comment j’ai essayé de mettre en place cette aventure avec mes élèves.

1. Apprendre à écrire simplement avec l’aide d’Ecrivor

Pour plaire à un enfant de six ans, j’ai expliqué à mes élèves qu’il fallait savoir être simple sans être simpliste. Ils ont dû apprendre à « sculpter » leur texte pour le rendre fluide. Pour les aider dans ce travail de patience, j’ai utilisé Ecrivor.

Qu’est-ce qu’Ecrivor ?

Ecrivor est un outil d’aide à la réécriture conçu spécifiquement pour le milieu scolaire. Ce n’est pas un correcteur d’orthographe classique qui souligne les fautes en rouge, mais un véritable assistant à la rédaction. Son but est de rendre l’élève autonome dans la phase la plus difficile de l’écriture : la révision de son propre texte.

Comment l’avons-nous utilisé en classe ?

Une fois leur premier brouillon terminé sur papier, mes élèves ont saisi leur texte sur la plateforme. L’interface propose alors une analyse visuelle très parlante :

  • La traque des répétitions : l’outil souligne les mots qui reviennent trop souvent, ce qui les incite à chercher dans leur propre vocabulaire ou dans le dictionnaire de synonymes intégré.
  • La mesure de la lisibilité : pour nos petits filleuls, la longueur des phrases est cruciale. Ecrivor calcule automatiquement la longueur moyenne des phrases. Si une phrase est trop complexe, l’élève est invité à la scinder.
  • Le lexique et les mots « vides » : l’outil identifie les mots trop simples ou trop vagues (comme « faire » ou « truc ») et encourage l’élève à utiliser des verbes d’action plus précis.
  • Les indicateurs de richesse : un petit tableau de bord donne des statistiques sur la richesse du vocabulaire. Mes élèves se sont pris au jeu, cherchant à améliorer leur « score » de diversité lexicale sans pour autant perdre en clarté.

Le bénéfice pédagogique : une correction sans jugement

Ce qui m’a semblé le plus intéressant, c’est que l’ordinateur joue ici le rôle de miroir. Comme l’outil ne donne pas la solution mais indique simplement une zone de fragilité, l’élève reste le seul maître de ses choix. On sort du duel « maître contre élève » autour de la correction. L’élève entre dans une posture de recherche active, presque comme un artisan qui peaufine son œuvre.

2. La mise en page avec Google Présentations

Une fois le texte validé, nous sommes passés à la mise en page. J’ai utilisé Google Présentations en détournant sa fonction première. Chaque diapositive représentait une page de l’album. Les élèves ont dû apprendre à trouver le bon équilibre entre le texte et l’espace réservé aux illustrations, en pensant toujours au confort visuel de leurs petits filleuls.

3. Une recherche de qualité sonore

Je trouve qu’un album pour les petits prend toute sa dimension quand il est raconté avec soin. J’ai donc essayé d’obtenir un rendu sonore de qualité pour valoriser les efforts des enfants.

Une captation en autonomie

J’utilise un enregistreur numérique Philips DVT7110. Mes élèves commencent à bien connaître l’appareil grâce à nos précédents projets de journal de classe. Ils s’installent seuls dans un petit local attenant à la classe, leur petit atelier d’enregistrement. Le fait d’être isolés les libère : ils osent mettre du ton, jouer les personnages, sans craindre le regard de leurs camarades. Pour éviter les bruits de manipulation, je leur demande de poser systématiquement l’appareil sur un petit pied portatif.

Le traitement du son avec Audacity

Pour que les albums soient agréables à écouter, je traite ensuite les fichiers avec le logiciel Audacity. Pour ne pas y passer des nuits entières, j’ai mis au point une commande automatisée (une macro) qui nettoie le bruit de fond et égalise le volume de chaque voix.

Vous trouverez ici mes explications sur cette méthode de traitement sonore

4. Le générateur de codes QR : l’aide de l’intelligence artificielle

L’idée finale était de coller un code QR sur la version papier des albums pour que les petits puissent écouter l’histoire tout en feuilletant les pages.

Je n’aime pas beaucoup utiliser les générateurs en ligne qui sont souvent remplis de publicités. J’ai donc voulu créer mon propre petit outil. Comme je ne suis pas informaticien, j’ai demandé l’aide de Gemini pour m’aider à rédiger un programme personnalisé. Ce fut une expérience de collaboration étonnante : j’ai expliqué mes besoins, l’intelligence artificielle a généré le code, et nous l’avons affiné ensemble pour qu’il crée automatiquement des planches d’étiquettes et un lecteur audio très simple.

Cela m’a montré qu’aujourd’hui, un enseignant peut concevoir ses propres petits outils sans être un expert en programmation.

Conclusion : une fierté partagée

Le jour du parrainage, voir un élève de sixième primaire lire son propre livre à un enfant de première est un moment de pédagogie très fort. Le numérique n’a pas remplacé le plaisir du livre ; il a servi de pont.

Avec le recul, je me rends compte que ce projet a permis trois choses essentielles :

  1. La réflexion sur la langue : l’élève analyse son propre texte grâce à Ecrivor et comprend que l’écriture est un processus d’améliorations successives.
  2. La valorisation du travail : le rendu sonore soigné et la publication sur la toile transforment un simple exercice en une véritable œuvre dont ils peuvent être fiers.
  3. Le lien social : la technologie devient un prétexte à l’émotion entre les grands et les petits.

Je ne prétends pas avoir trouvé une méthode parfaite, mais c’est une piste que j’ai pris beaucoup de plaisir à explorer avec mes élèves. Si vous souhaitez vous en inspirer, n’hésitez pas à aller voir leurs créations :

👉 Consulter les albums interactifs sur le Journal par les enfants